Parentalité

Accompagner son enfant dans la gestion de ses frustrations

Par Maxime
6 minutes

Comprendre la frustration chez l’enfant  : une émotion naturelle à apprivoiser


Que faire quand son enfant se roule par terre au supermarché, éclate en sanglots pour une broutille ou crie d’impatience face à l’impossibilité d’obtenir ce qu’il veut immédiatement ? Ces scènes du quotidien interrogent de nombreux parents et les confrontent impuissants à la frustration de leur enfant. Or, la frustration fait partie intégrante du développement affectif : c’est même une étape clé pour apprendre à grandir, à s’adapter et à surmonter les défis de la vie. Plutôt que de voir ces moments comme une fatalité ou un échec éducatif, il est possible d’en faire des occasions d’apprentissage essentielles, avec douceur et bienveillance.


La frustration  : pourquoi est-elle si difficile à vivre pour les enfants ?


La frustration naît d’un décalage entre un désir et la réalité. Pour l’enfant, l’envie d’avoir ou de faire quelque chose tout de suite se heurte à des règles, des limites ou des imprévus auxquels il ne peut pas encore s’adapter facilement. Selon son âge, son degré de maturité ou son tempérament, il pourra passer de la colère aux pleurs, puis à l’abattement — parfois en quelques secondes seulement ! Le cerveau de l’enfant n’est pas encore armé, physiologiquement, pour gérer de façon autonome ce type d’émotion : l’accompagnement de l’adulte est indispensable.


Quels apprentissages cache la gestion de la frustration ?


  • Le contrôle de soi : savoir différer un plaisir, attendre son tour ou accepter un refus est essentiel à la vie en société.
  • L’élaboration d’alternatives : comprendre que si on ne peut pas avoir ou faire “X”, on peut trouver une autre solution (“Y”).
  • L’expression émotionnelle adaptée : mettre des mots sur son ressenti et chercher du réconfort plutôt que d’agir sous le coup de l’impulsion.
  • La tolérance à l’échec : admettre de ne pas réussir du premier coup, persévérer et rebondir face à la difficulté.

Autant de compétences qui serviront tout au long de la vie, de l’école à l’âge adulte.


Adapter sa posture de parent : bienveillance et fermeté


Il est tentant de vouloir à tout prix éviter la frustration à son enfant, afin de lui épargner une souffrance momentanée. Pourtant, faire barrage à toute contrariété, ou au contraire se montrer inflexible sans explication, n’aide pas l’enfant à progresser.

La bonne approche ? Un juste équilibre entre la reconnaissance du ressenti (empathie) et la constance des limites (fermeté bienveillante). L’idéal est de valider l’émotion (« Tu es déçu car tu voulais continuer à jouer… Je comprends, c’est difficile d’arrêter une activité qu’on aime »), tout en maintenant la règle ou la décision.


Des outils concrets pour accompagner la gestion de la frustration


1. Nommer et accueillir l’émotion


Les mots manquent souvent à l’enfant pour exprimer ce qu’il ressent (colère, tristesse, impuissance). Lui donner les clés du vocabulaire émotionnel (“Tu te sens en colère parce que tu dois attendre”, “Tu es frustré car ce n’est pas possible tout de suite”) permet d’éviter que l’émotion ne déborde et devient un premier pas vers la régulation.


2. Proposer des alternatives ou des choix


Face à un refus ou une impossibilité, proposer un autre choix (“Tu ne peux pas regarder la télévision maintenant, mais tu peux choisir un livre ou dessiner”) redonne à l’enfant du pouvoir d’action. Il se sent moins prisonnier de la règle et apprend à changer de perspective.


3. Utiliser le jeu pour décharger la tension


Le jeu, le dessin ou la dramatisation (jouer la scène avec des peluches, inventer une histoire du « monstre de la frustration ») aident à mettre à distance la colère et à rétablir le calme. Ces temps ludiques permettent aussi d’anticiper, en imaginant les réactions à des moments où la frustration est probable (partager un jouet, attendre au restaurant, perdre à un jeu).


4. Pratiquer l’attente active


Montrer à l’enfant comment on peut “patienter activement” (ex : compter les voitures rouges sur la route, faire une mini-respiration, se raconter une blague) transforme le temps d’attente en jeu d’observation ou en rituel agréable. Cette technique s’avère efficace dans toutes les situations du quotidien et aide à désamorcer l’impatience grandissante.


5. Valoriser les petits progrès


Encourager l’enfant quand il parvient à attendre, à accepter une frustration sans crise, ou à régler un problème par lui-même, c’est lui donner confiance en sa capacité à gérer ses émotions. Un simple « Tu as bien réussi à attendre ton tour, bravo ! » a plus d’effet qu’on ne le pense.


Dans quelles situations accompagner particulièrement la frustration ?


  • Moment des repas : refus du menu, envie d’un dessert avant d’avoir fini l’assiette, jalousie face à une part différente.
  • Jeux et temps libre : perte à un jeu de société, impossibilité d’avoir le jouet préféré, nécessité de ranger alors qu’on n’en a pas envie.
  • Routines (coucher, départ à l’école) : devoir interrompre une activité plaisante pour une tâche obligatoire.
  • Vie en collectivité : attendre son tour, accepter la frustration liée au partage ou à la règle du groupe.

Anticiper ces situations permet de préparer l’enfant, de discuter à froid et d’inventer ensemble des « petits rituels » pour y faire face sereinement.


Questions fréquentes sur la gestion de la frustration


  • Mon enfant fait une crise dès qu’il n’a pas ce qu’il veut : dois-je céder ?
    Céder une fois peut donner le sentiment que la crise “fonctionne”, ce qui renforce la répétition du comportement. Mieux vaut rester ferme sur la règle, tout en accueillant l’émotion (« Je comprends que tu sois fâché »), et attendre que la tempête passe pour parfois en parler à tête reposée.
  • Comment différencier un “petit caprice” d’une vraie détresse émotionnelle ?
    Le caprice relève souvent d’une opposition à la règle, la détresse d’une difficulté à gérer un débordement. Dans les deux cas, l’enfant a besoin d’être entendu, mais la réponse parentale peut varier : plus de présence et de réassurance en cas de vraie tristesse, davantage de fermeté calme si c’est une tentative de négociation.
  • Est-ce normal que mon enfant réagisse fortement, même pour des choses “insignifiantes” ?
    Oui : ce qui paraît minime à l’adulte a parfois une grande importance symbolique pour l’enfant (l’attente d’une glace promise, la perte d’une partie, etc.). Son cerveau n’a pas encore acquis la capacité à relativiser ou à se distancier émotionnellement.
  • Mon enfant est plus “explosif” que ses camarades : dois-je m’inquiéter ?
    Chaque enfant a son tempérament. Certains sont naturellement plus sensibles à la frustration, d’autres la vivent en silence. Si les crises deviennent ingérables, violentes, ou si elles persistent au-delà de 6/7 ans, un accompagnement professionnel (psychologue, médiateur familial) peut être judicieux, sans culpabiliser personne.

Accepter la frustration, un cadeau pour la vie : conseils pour les parents


  1. Donnez l’exemple : verbalisez vos propres frustrations (“J’aurais aimé rentrer plus tôt, c’est désagréable d’attendre le bus, je me sens énervé mais je vais mettre de la musique”), pour montrer que c’est normal et surmontable.
  2. Évitez l’abondance et la surstimulation : multiplier les sollicitations ou les cadeaux “pour éviter la crise” ne fait qu’augmenter l’intolérance à la frustration. Préférez la simplicité et l’anticipation.
  3. Posez un cadre clair : annoncez les règles et tenez-les, même si c’est parfois difficile émotionnellement. L’enfant a besoin de repères pour grandir sereinement.
  4. Restez patient et cohérent : l’apprentissage se joue sur la durée. Les “petites victoires” d’aujourd’hui sont l’assurance de grandes capacités de résilience demain.

Outils à consulter et ressources utiles



En résumé : transformer la frustration en force d’adaptation


Apprendre à supporter la frustration ne se fait pas du jour au lendemain, ni sans accrocs. Mais chaque occasion de grandir par l’épreuve, soutenu par la bienveillance et l’écoute de ses parents, dote l’enfant d’une précieuse ressource intérieure : la capacité à s’adapter, à rebondir et à avancer malgré les obstacles. Accompagner son enfant dans la gestion de ses frustrations, c’est l’aider à devenir un adulte confiant, capable de vivre des moments difficiles, d’en parler et de trouver des solutions. Offrez-lui cet apprentissage au quotidien — pour des échecs moins lourds, et des réussites plus savoureuses au fil du temps.


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